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Marins de légende : Jérémie Beyou « Une furieuse envie de revenir»

Publie le 28/08/2021

À la veille du départ de la seconde étape, Jérémie Beyou, installé à Lorient depuis plusieurs années, est passé voir les concurrents de La Solitaire du Figaro, une course qui le fait rêver depuis son enfance et qu'il a gagné par trois fois en 2005, 2011 et 2014. Il revient sur la première étape où le parcours sans faute de Xavier Macaire (Groupe SNEF) l'a impressionné. Il se projette également sur le deuxième acte de cette 52e Solitaire du Figaro en direction de Fécamp. Un parcours qui s'annonce plus ouvert, avec du courant et des passages de reliefs compliqués. Des difficultés qu'affectionne particulièrement Jérémie Beyou et qui lui donnent une furieuse envie de revenir sur l'épreuve reine du Championnat de France Elite de Course Au Large.

Jérémie, si vous deviez définir La Solitaire du Figaro, que diriez vous ?

Le slogan dit que c’est une course où naissent les légendes mais j’ajouterais que c’est une course de légende ! Depuis tout gamin, j’ai une attirance pour cette course qui a beaucoup nourri mon quotidien, notamment les étés où je suivais cette course comme on suit le Tour de France cycliste. Mes héros à moi étaient Philippe Poupon, Jean Le Cam, Alain Gautier…Tous les vainqueurs des éditions de cette époque-là. Ils étaient les Bernard Hinault et les Laurent Fignon de la voile. C’est pour ça que je pense vraiment que c’est une course de légende, avec des champions hors-normes et un format de course faisant appel à des bateaux monotypes, qui impliquent qu’il faut tout donner. Il est impossible de se cacher. On ne peut pas dire que l’on avait un moins bon bateau, ce n’est pas une question d’argent…Monotypie, quatre étapes qui allient le large et le côtier et course au temps forment un cocktail unique. Depuis que j’ai eu la chance d’y participer pour la première fois, mon point de vue n’a pas changé.

C’est ce qui fait que vous y êtes retourné 17 fois !

C’est vrai ! La première fois, j’avais envie d’y participer parce que j’étais fan. J’ai eu l’opportunité d’y aller et je n’ai pas hésité. J’avais envie de voir si c’était vraiment ce que j’avais imaginé et surtout de me frotter aux champions qui m’avaient fait rêver gamin. C’était vraiment une chance. Lors de ma première Solitaire du Figaro, je me rappelle m’être retrouvé sur la photo officielle avec Jean Le Cam et Eric Drouglazet, Franck Cammas, Michel Desjoyeaux…C’était assez dingue de poser avant le départ avec ces pointures-là. Quelle chance ! Cela m’avait même un peu déstabilisé...Cette première participation m’a permis de voir que j’avais bien ma place sur cette course. Je ne m’en étais pas trop mal sorti, avec les moyens du bord, et surtout j’avais réussi à prendre du plaisir dans la difficulté, dans le fait d’aller au bout de moi-même. Cela m’a donné envie de revenir pour mieux faire, pour gagner ensuite et une fois que j’avais gagné, de gagner encore parce que la course me manquait. Même si j’ai fait un break après chaque victoire, j’ai toujours eu envie d’y revenir, aujourd’hui encore. Je sais au fond de moi que je ferai tout pour revenir au départ de La Solitaire du Figaro.

Qu’avez-vous pensé de la première étape de cette 52e édition ?

Je retiens avant tout la prestation de Xavier Macaire (Groupe SNEF), que j’ai trouvé vraiment impressionnant, sur une étape où il y avait peu de coups tactiques, où c’était surtout de la vitesse, avec du portant et du près. Il a réussi à faire la différence sur ces deux allures et l’on sentait qu’il maîtrisait son sujet. En fin de descente vers l’Espagne et lors de la dernière nuit de course, il a vraiment montré sa volonté d’aller chercher le maximum de ce qu’il pouvait obtenir pour grappiller des milles. Et il a eu raison de ne pas se satisfaire de finir devant les autres et de chercher à créer de premiers écarts conséquents dès la première étape. C’est ce qui est génial en Figaro-Bénéteau, d’arriver à faire la différence alors que les opportunités de le faire ne sont pas nombreuses. Mais les 47 minutes d’avance qu’il a sur le deuxième Pierre Quiroga (Skipper Macif 2019) ne le mettent pas à l’abri de tout, même s’il vaut mieux les avoir pour soi. En revanche, avoir réussi à creuser un tel écart sur un tel parcours montre qu’il est vraiment très fort. C’est ce que je retiens de cette première étape, l’empreinte que Xavier Macaire a su mettre.

Pouvez-vous nous décrire la deuxième étape ?

Le bout de chemin vers le plateau de Rochebonne est connu mais ce tronçon-là devrait rester tactique avec le vent de nord-est attendu et la brise qui va essayer de rentrer. Est-ce que la brise va réussir à s’établir entre les coureaux de Groix et Belle-île ? Ce sera intéressant de le voir avant une remontée qui s’annonce rapide depuis le plateau de Rochebonne, au vent de travers. Le contournement de la pointe de Bretagne sera vraisemblablement un moment fort de ce parcours, avec les passages de la Pointe du Raz et du Four. Cela peut déjà créer des écarts, de petites surprises. Longer ensuite la côte nord de Bretagne n’est jamais évident, c’est toujours un peu technique…Le passage de la Hague, de la pointe du Cotentin sont des passages ultras techniques également. C’est vraiment une pure étape de Figaro.

Voyez-vous, sur l’ensemble des 4 étapes, un moment particulièrement décisif, où il ne faudra pas commettre d’erreur au risque de perdre beaucoup de temps ?

D’abord, je trouve le parcours très équilibré cette année avec des traversées du golfe de Gascogne, du côtier avec des contournements compliqués, des atterrissages sur les falaises de Fécamp qui ne sont jamais faciles, notamment au petit matin…Il y aura des traversées de la Manche, une remontée vers le Fastnet…C’est un vrai beau parcours de Solitaire du Figaro, avec quatre belles étapes. C’est pour moi le vrai format de cette course, un parcours costaud passionnant à suivre jusqu’au bout. Ça donne envie !

Sans penser à une zone de parcours en particulier, je pense que la troisième étape sera vraisemblablement comme souvent la plus délicate, parce que c’est là que se jouent les derniers coups alors que l’étape finale se fait le plus souvent en mode contrôle. Ensuite, toute la remontée vers la Mer Celtique n’est pas évidente non plus. Il y a beaucoup de courant et c’est un coin que les concurrents connaissent moins. Le contournement des îles Scilly ne sera pas simple non plus avec des variations thermiques provoquées par les différences de température d’eau… Sans compter avec le retour des algues qui seront logiquement plus présentes après le passage de la pointe de Bretagne. Et puis la troisième étape est souvent celle où la fatigue se fait le plus sentir, est la plus compliquée à gérer, surtout pour le leader, qui peine de plus en plus à contrôler des poursuivants qui ont de moins en moins à perdre à mesure qu’avance la course. C’est l’étape de tous les dangers. Ceux qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui ont le mieux géré leur course, leur sommeil et leur vitalité, leurs voiles qui sont restées en bon état. C’est là que se fait la différence entre ceux qui sont minés par tous les petits problèmes, les petites frustrations, les petits manques de confiance et au contraire ceux qui ont su mieux gérer tout cela.

Pour finir, il y a beaucoup de jeunes concurrents cette année, dont certains découvrent La Solitaire du Figaro pour la première fois. Quel conseil peux-tu leur donner ?

Il faut se bouger en permanence, être dessus. Ce qui est dur sur une Solitaire du Figaro, c’est lorsque l’on est épuisé et qu’il faut aller enlever une algue dans le safran où modifier un réglage de quelques centimètres, qu’il faut continuer à le répéter jusqu’à l’arrivée. Il faut accepter de se faire mal tout au long de l’étape car c’est comme cela que l’on peut espérer être remercié à la fin. Il faut le garder à l’esprit. J’ajouterai qu’il faut respecter cette course en s’y projetant dans la durée. Ce n’est pas une course que l’on vient faire une fois, en consommateur. On ne cesse jamais d’apprendre sur la Solitaire. C’est pour cela qu’il faut parfois attendre 10 ans ou plus pour la gagner. C’est ce que cherchent toujours à faire Gildas Mahé (Breizh Cola) ou Alexis Loison (Région Normandie). Je les admire pour cela. Les nouveaux venus doivent prendre exemple sur eux.

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