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Marins de légende : Charlie Dalin « Cette édition répond à la définition de La Solitaire »

Publie le 02/09/2021

Grand animateur du dernier Vendée Globe qu’il a terminé en 2e position après une circumnavigation planétaire seul à bord de son monocoque de 60 pieds IMOCA, Charlie Dalin compte indéniablement parmi les plus fins experts de la navigation en solitaire. Un art et une discipline qu'il a cultivé sur le circuit Figaro, dont il a été l'une des plus emblématiques figures comme en témoignent ses cinq podiums décrochés d'affilée sur la course entre 2014 et 2018. À mi-parcours, alors que Pierre Quiroga - qui porte les couleurs de la filière d'excellence Macif dont il a aussi été l'ambassadeur - vient de décrocher une belle victoire d'étape, il apporte son regard sur cette course qui occupe toujours un coin de sa tête et une place à part dans son parcours exemplaire...

Que représente pour vous La Solitaire du Figaro ?

C.D. : « Au même titre qu’une Route du Rhum - Destination Guadeloupe, qu’une Transat Jacques Vabre, ou que le Vendée Globe, La Solitaire fait partie des grandes classiques. C’est comme un tournoi du grand chelem au tennis. Cette course à armes égales est extrêmement difficile à remporter. On y dort très, très peu. Les dernières années, je faisais des siestes qui dépassaient rarement dix minutes. On arrive exténué aux étapes. Elle a forgé énormément de marins ; et elle m’a forgé. J’ai beaucoup appris sur cette course, presque tout sur la navigation en solo. Si on a envie de remporter le Vendée Globe ou la Route du Rhum, c’est, pour moi, une course sur laquelle on ne peut pas faire l’impasse. C’est un peu comme « passe ton bac d’abord », « passe ta Solitaire d’abord ! »

En quoi cette course est-elle formatrice ?

« Sur chaque étape, le résultat dépend de ce que tu as donné sur l’eau. À chaque fois, il faut tout remettre en jeu. Au-delà, sur le circuit Figaro, il y a beaucoup de compétitions et beaucoup de sessions d’entraînement. À l’inverse de l’IMOCA (le circuit des bateaux du Vendée Globe, ndlr), tu ne peux pas te reposer sur la technologie. Tu passes beaucoup de temps sur l’eau pour naviguer, régater, pratiquer. Les manœuvres, les placements, les réglages te rentrent progressivement dans le sang. Il n’y a pas de secrets, il faut aligner des heures et des heures pour développer cet instinct qui forge un vrai tempérament de navigateur solitaire. »

Qu’est-ce qui vous frappe sur cette 52e édition que vous suivez avec intérêt ?

« Sur les deux premières étapes, je constate qu’à chaque fois, le nouveau monotype, le Figaro Beneteau 3, crée des classements avec plus d’écarts en temps. Au-delà, je trouve que cette édition est vraiment bien calibrée dans le tracé de ses étapes et le niveau de ses difficultés. La Solitaire se doit d’être une course avec des étapes longues de trois ou quatre nuits. Cette édition répond à la définition de course dure avec peu de temps de récupération aux escales entre des parcours qui mélangent du rase-cailloux, des bascules de courants et des phases plus océaniques. Il n’ y a aucun moment de répit, et on voit que chacun devient un peu esclave de la marche de son bateau. Il faut tenir la cadence, au risque de se faire aussitôt doubler. C’est très net sur la deuxième étape, où les skippers ont dû enchaîner les virements de bord sans se poser de question. Ils n’ont pas eu le choix. Un peu comme sur une Solo Le Havre, où j’avais fait 207 virements pour faire le tour de l’île de Wight d’Est en Ouest… »

Quels skippers se démarquent à vos yeux sur la deuxième étape entre Lorient et Fécamp ?

« Le vainqueur de l’étape, Pierre (Quiroga) que je suis aussi parce qu’il est Skipper Macif, comme je l’ai été, mérite la victoire qu’il est allé chercher. Il a creusé un premier écart au niveau de Guernesey. Ensuite, je me suis dit que ça sentait bon pour lui quand il était au niveau du raz Blanchard, Barfleur, où en termes de courants, ça semblait bien s’enchaîner pour lui, même s’il peut toujours se passer des choses en baie de Seine. Il a navigué à sa manière, en suivant ce qui fait sa marque de fabrique. C’est quelqu’un d’assez joueur et attaquant. Et on voit que c’est la meilleure stratégie à suivre, plutôt que de tenter d’aller contre sa nature. Au-delà, Gaston Morvan qui fait 5e sur cette deuxième étape de sa vie sur La Solitaire, termine sur un super résultat. Pour autant, je ne suis pas forcément très étonné. Il me paraît mature, stable et posé ; et surtout, il s’est beaucoup entraîné, avec cette idée que pour atteindre un certain niveau, tu ne peux pas juste te reposer sur ton talent. »

Au-delà de Pierre, Erwan Le Draoulec (Skipper Macif 2020) termine sur un bon résultat. Quel est votre regard là-dessus ?

« Chaque skipper s’approprie la filière comme il le veut et adapte le programme en fonction de sa personnalité et sa façon de naviguer. Et chaque duo de skippers trouve sa manière de fonctionner. Le programme de formation Macif permet d’évoluer et de progresser dans de bonnes conditions. Il faut déjà avoir fait ses preuves pour être sélectionné et accéder à cette filière imaginée comme un tremplin pour la compétition au meilleur niveau dans la course au large. Au-delà de l’année 2016 qui a été exceptionnelle, puisque Yoann (Richomme) et moi terminons respectivement un et deux sur La Solitaire, on voit que chaque année l’un des deux skippers Macif termine la course bien placé. Cela s’apparente un peu à un écurie de Formule 1, avec deux pilotes et une petite concurrence interne qui tire vers le haut ; et une vraie collaboration et des échanges lors des entraînements. Deux bons matins engagés dans la même filière, cela peut vraiment créer une émulation et une dynamique positive. »

Et vous reverra-t-on au départ de cette course ?

« J’y pense souvent. Cette course est toujours dans un coin de ma tête. Sur le Vendée Globe, je me suis dit que je pourrais peut-être la faire cette année, mais elle se déroule à une époque trop tardive par rapport à la prochaine Transat Jacques Vabre que je disputerai en double avec Paul Meilhat à bord d’Apivia. La semaine dernière, j’ai participé à une course en solitaire sur un petit support que j’ai gagnée sur le lac Léman. J’ai eu le vrai plaisir de retrouver un peu des sensations de Figaro. Pour rester affûté, j’ai l’impression que d’y passer de temps de temps ne peut que faire que le plus grand bien. J’y reviendrai quand l’opportunité se présentera.»

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